La baie de Saint-Malo

Bercés depuis toujours par la houle atlantique, battus par les dépressions océanes, les peuples littoraux du Ponant n’ignorent plus rien de la mer. Au fil des siècles, ils en ont appris la peur et le courage, les richesses et l’infortune, mais ils n’ont jamais renoncé à la maîtriser. Très tôt, ils ont à cet effet entrepris d’y naviguer mais en gagnant le large ils ont trouvé le naufrage ! Il n’y a pas d’exploration, pas de conquête, pas de colonisation des mondes maritimes qui n’aient ses fortunes de mer, ses disparus. Dans l’univers marin, les contraires se côtoient. On pêche le poisson auprès des épaves mais on y croche aussi, au point de se noyer. On lève des complaintes, on pleure les victimes mais on sillonne les plages au lendemain des naufrages pour y chercher fortune. On y livre bataille au plein cœur des tempêtes et l’on tue sans remords dans le bruit des canons, mais on y suit la messe tassé dans l’entrepont.
Saint-Malo, cité corsaire et port d’armement à la pêche à Terre-Neuve et au commerce interlope, a tenu pendant deux siècles une place d’exception et a accueilli dans sa rade des navires venus de toute l’Europe. Les négociants et corsaires se sont enrichis, mais ont souvent livré un lourd tribut à la mer. Parsemés de bancs rocheux et balayés de courants violents qui sont la conséquence d’un marnage classé parmi les plus importants du monde, la baie de Saint-Malo a été le lieu de nombreux naufrages. Cette double conjoncture qui associe un environnement hostile à un mouvement maritime incessant a justifié tous les incidents, toutes les fortunes de mer.
C’est paradoxalement au fond de la mer que les archéologues doivent dorénavant chercher quelques unes des plus belles pages de l'histoire maritime de la ville de Saint-Malo. Les épaves font rêver car au bout du chemin, noyé dans la pénombre, le naufrage est un autre voyage !

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