La vie à bord

« Ni vivant, ni défunt, marin suis ! »
Abrités sous les gaillards ou hissés dans la mâture, penchés sur les canons ou agrippés aux vergues, les marins de la Natière ont appris l’océan en subissant sa loi. Lorsque le vent refuse, sur la coque encalminée, ils ont meublé leur patience en sculptant, polissant et créant, dans l’os ou dans le bois, quelques objets uniques. Parfois même ils ont prié Dieu afin qu’il dépêche une brise favorable. La vie du bord était rythmée de rituels qui trompent l’ennui : les quarts, les travaux, les repas. Elle était aussi ponctuée de chants, de danses et de jeux. Serrés dans l’entrepont, des hommes ont ainsi vécu, mangé et dormi, leurs branles accrochés sous les barrots, leurs hardes rangées dans des coffres. Tombant du haut des mâts ou tués par les fièvres, emportés par la lame ou frappés d’un boulet, des marins ont également péri. Sur les épaves de la Natière, des siècles après le drame, ces hommes ressurgissent aujourd’hui du chaos. C’est ainsi que les fragiles vestiges de repas, une chaussure, quelques dés, une pipe et son étui ou le couteau d'un chirurgien reviennent pour témoigner du quotidien des hommes. Négligés par l’écrit, oubliés par l’histoire, ils étaient là, nombreux, qui travaillaient, chantaient, priaient, rêvaient … Ni vivants, ni défunts, ils étaient des marins !

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