Les recherches archéologiques

Les épaves ont toujours fasciné les humains car ils soupçonnent en chacune d’elles un trésor sous-marin. On comprend qu’ainsi motivés ils aient très tôt rêvé se les approprier et quand l’opportunité soudain se présentait, ils ont parfois lutté pour mieux les conserver, ici sur une plage où l’on parle breton, là-bas face aux gens d’armes en vieux pays gascon. Mais c’est en mer le plus souvent, et sur le fond, que reposent les navires perdus. Guidés par la passion ou la nécessité, les hommes au fil des siècles ont donc apprivoisé les techniques qui y donnent accès. Les épaves, cependant, ne sont jamais sans maître, légitime ou proclamé, et la loi sans discontinuer s’est souciée de le rappeler. À la témérité opiniâtre de l’inventeur visionnaire, à l’ambition déterminée de l’industriel novateur, le législateur a ainsi successivement associé le droit romain ou le droit de bris, l’ordonnance ou le décret. Jouant tour à tour le rôle de la cuirasse ou du boulet, le droit et le sauveteur n’ont cessé depuis vingt-cinq siècles de se répondre et d’évoluer. Des urinatores à Vinci, de Rémy de Beauve aux pieds-lourds, la plongée a muté. De même que la pensée qui s’attache aux navires engloutis ! Le temps qui les enfouit s’est ici employé à transcender l’oubli et à donner aux vestiges une parure historique. L’archéologue est né, doté de pieds palmés. Il a, son tour venu, rêvé puis inventé et bâti un métier. Compagne indissociable du travailleur d’épave, la loi l’a escorté. Aux pouvoirs littoraux, puis aux droits de l’État, elle substitue aujourd’hui un code transnational.
Le monde change ! De cette évolution, les épaves, comme la manière de les appréhender, comptent sans doute au nombre des plus fidèles reflets.

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